On assiste depuis déjà bien longtemps à une banalisation du langage en politique. Je trouve cela vraiment dommage et cela porte beaucoup
de tort à la fonction mais également aux hommes et aux femmes qui sont sensées nous représenter.
- La grève est "une prise d'otage"
Je trouve cette expression insupportable. Nous l'avons entendu dans la bouche du président de la république mais également de Ségolène Royal. Je trouve cela regrettable. Les
mouvements sociaux de la SNCF et de la RATP sont important et causent de nombreux torts aux usagers. Je peux comprendre le malaise mais enfin franchement ce n'est pas une prise d'otage.
Ingrid Betancourt est un otage. Florence Aubenas a fait l'objet d'une prise d'otage. Les usagers de la RATP ne peuvent facilement se rendre au travail parce que le service ne
fonctionne pas normalement. Mais que je sache les conducteurs de trains n'empêchent pas les usagers de parler, de s'alimenter et ne les promènent pas dans la jungle.
- Chauffer les salles des meetings et faire plaisir à son public
J'ai assisté à de nombreux meetings politique de droite, du centre, de gauche parce que la politique est l'une de mes passions et même si je n'ai aucune sympathie pour les idées de
certains partis, il est toujours intéressant de voir comment cela se déroule. Je n'aime pas me contenter des quelques phrases sorties de son contexte du journal de 20h mais je veux entendre
le discours en entier. Internet aide bien maintenant pour cela. Cependant, j'ai toujours été frappé par la différence de discours de certains responsables politiques lors de meeting
et face aux médias. Il s'agit de chauffer les militants avec des slogans ou des boutades vraiment pas drôles mais qui font plaisir à vos troupes qui rigolent et qui ne se vexeront pas ou
très peu d'insulter la partie adverse ou de critiquer les uns ou les autres. Le dernier exemple en date étant le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin avec sa sortie sur les journalistes de
Libération. «C’est mieux que les journalistes de Libération que nous reniflons dans les avions avec leur pull-over serpillière, leurs cheveux
longs et leurs ongles sales !» Vraiment déplorable...
- "Fasciste"
Avec l'extrême gauche, je suis fasciste, vous êtes fasciste, nous sommes tous fascistes. C'est formidable. Alors c'est vrai qu'on pourra toujours devenir le fasciste de quelqu'un. Un peu facile
quand même comme insulte dès qu'on n'est pas d'accord avec quelqu'un mais que ça va trop loin on devient "fasciste". Alors je n'aime pas cela non plus. Excusez-moi mais j'ai fait un
peu d'histoire et le fascisme est une idéologie politique du 20ème siècle fortement développé en Italie. Bien entendu je la condamne fortement. Alors ensuite que historiquement des
mouvements ou des régimes politiques s'en rapprochent, c'est une vérité. On peut les qualifier de mouvements fascistes. Certaines politiques se rapprochent également de ce qui a pu se
faire dans les Etats tenant de cette idéologie. En faire une insulte à tout va vide de son sens cette expression et banalise l'histoire et fabrique des amalgames afin de jeter le
discrédit sur l'autre qui ne grandissent pas le politique.
Une fois dit ça, et bien je vais essayer de m'appliquer ce que je viens de dire dans mes activités politiques, d'éviter ces différents travers. Est-ce qu'un jour je ferais un dérapage?
Peut-être sur un moment d'emportement. On dira alors que je donne des leçons mais que je suis incapable de faire mieux. Ce sera vrai mais au moins j'aurais essayé de poser les bases de la
dénonciation avant. Ce n'est pas que je m'interdis des expressions mais je dénonce une dérive de la banalisation du langage politique. Je crois qu'on peut être contre quelque chose, révolté
en étant juste dans les mots à employer.